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la ville de Souzdal

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En prenant la direction de Souzdal, le voyageur peut ne pas regarder les panneaux routiers, il ne se trompera pas en arrivant, car il est impossible de confondre Souzdal avec quelque autre ville ancienne de la Russie. En abordant Souzdal on ne verra aucun faubourg ou zone industrielle, il s’ouvre entièrement au regard dans un remarquable panorama d’où s’élancent les jets de ses églises et de ses clochers. Il est comme une ville de conte qui tout à coup surgit au milieu d’une vallée fertile sillonnée de rivières. Ces terres commodes à l’habitat étaient depuis fort longtemps peuplées. Les fouilles archéologiques mirent au jour des ouvrages que les savants datent des VIII-IXe siècles. Dans les Chroniques, Souzdal est mentionné pour la première fois à l’an 1024. Il joua toujours un rôle important dans la vie de l’ancienne Russie et fut plus d’une fois pris dans le tourbillon dramatique de son histoire. Souvent détruit et pillé, il sut toujours se rétablir rapidement et la qualité artistique des nouvelles constructions n’était jamais inférieure à celles qui avaient été détruites. Plusieurs édifices de la ville sont actuellement inclus dans la liste des monuments placés sous l’égide de l’UNESCO et Souzdal possède le statut de ville-musée.

Souzdal était la résidence de Vladimir Monomaque et de son fils Youri Dolgorouki. Ce dernier, au milieu du XIIe siècle, fonda à côté de la ville, au village de Kidekcha bordant la Nerl, sa propre résidence composée d’un palais et d’une église, qui nous est parvenue, consacrée aux saints Boris et Gleb. Souzdal à cette époque inventait des formes architecturales et celles de ses églises furent prises pour modèle dans les édifices religieux en pierre blanche de Vladimir. Par rapport à eux, l’église Saints-Boris-et-Gleb est plus austère et massive, mais plusieurs éléments constructifs et décoratifs, maintenant propres à l’école de Vladimir-Souzdal, furent employés ici pour la première fois.

La décoration des toits pyramidaux coiffant les clochers est typiquement souzdalienne et donne à l’ensemble une grande expressivité et un caractère reconnaissable. Ces toits pyramidaux effilés furent, pour leur aspect, appelés dans le peuple des « doudki » (sorte de pipeau de berger à extrémité évasée). Le désir de rendre beau ce qui est simple, d’affirmer les , principes de l’esthétique populaire, du pragmatisme mêlé de spiritualité, aboutit à la création dans toute la ville de microensembles se composant d’un clocher et de deux églises jumelées. L’une d’elle était grande et bien décorée, l’autre était très petite et modeste dans sa décoration répétant par ses formes une église en rondin. La petite, dite « chaude », pouvait être chauffée par un poêle lors des grands froids ; la grande, dite « froide », toujours élégante, était une des dominantes dans le paysage urbain.

Souzdal resta une petite ville et le nombre important des monuments d’architecture qui se dressent dans ses rues est fort étonnant. L’intensité avec laquelle ils étaient construits est tout aussi étonnante. Au XVIe siècle, rien que sur le territoire de son kremlin, outre une cathédrale en pierre apparurent quinze tours et sept églises en bois.

Au XIVe siècle, la ville devint un centre épiscopal et à la fin du XVIe devint le siège de l’archevêque. Ce fait détermina le rôle de Souzdal en tant que principal centre culturel et civilisateur de la Russie, surtout après la prise de Kiev par les Lituaniens. La cour épiscopale était en concurrence constante avec les nombreux monastères des faubourgs qui se développaient autour de l’enceinte de la ville. Chacun d’eux cherchait à s’affirmer par l’édification d’une église. Aucune ville de la Russie médiévale ne possédait une telle quantité d’édifices religieux.

En parlant du grand nombre d’églises, il faut noter aussi un certain dualisme dans l’histoire religieuse de la Russie. La création de foyers chrétiens au centre de territoires où les cultes païens étaient très développés, comme ce fut à Rostov-YaroslavI ou, plus tard, sur l’île de Valaam, et l’infiltration des rites païens dans le système rituel de l’orthodoxie sont des faits connus. En ce qui concerne Souzdal, ici au XVIIe siècle encore, il était coutume de célébrer les mariages la nuit dans une église avec sous ses voûtes un grand festin accompagné de chants et de danses auquels participaient le clergé !

Kremlin - 42.8 ko

Kremlin

La cathédrale de la Nativité-de-la-Vierge. 1222-1225.

Eglise Saint-Nicolas, transférée du village de Glotovo. 1766


L’ensemble dominant de la ville était son kremlin dont une vue imposante s’ouvrait de la vallée de la Kamenka. Son principal édifice, le plus ancien de Souzdal qui nous soit parvenu, était la cathédrale de la Nativité-de-la-Vierge. Elle fut construite peu de temps avant l’invasion des hordes de Batû Qân et s’avère une des dernières constructions religieuses en pierre blanche des XII-XIIIe siècles. Avec le temps, son aspect changea. Sa partie supérieure fut reconstruite en brique ; le nombre des coupoles fut modifié (cinq au lieu de trois selon la tradition souzdalienne) et leur forme changée au XVIIe siècle. Cependant, elle ne perdit rien de sa monumen-talité qui contraste avec les édifices avoisinants. Elle conserva aussi son type originel caractéristique des édifices re- : ligieux de Vladimir : façades décorées de motifs sculptés, I divisées verticalement par des pilastres et horizontalement par des arcatures. Tous ces détails ne jouent qu’un rôle décoratif et ne sont aucunement liés à la conception architecturale de la cathédrale.

La cathédrale de la Nativité-de-la-Vierge du kremlin fut, en 1235, dallée de carreaux en majolique jaunes, verts et marron foncé, couleurs caractéristiques pour ce matériau. En cette même année fut également réalisé le décor composé de motifs végétaux des niches funéraires, qui nous est en partie parvenu. Se sont aussi conservées les « portes d’or » des portails sud et ouest dont les motifs décoratifs sont exécutés dans la technique complexe de la dorure au feu sur cuivre niellé et représentant, dans des compartiments, différents épisodes tirés des Ecritures saintes. Le fin traitement psychologique des visages allié à des formes plastiques parfaites et à la profonde compréhension philosophique de ces sujets, témoignent de l’influence hellénistique sur la jeune culture russe. On remarquera les masques très expressifs de lions tenant dans leur gueule des anneaux servant de poignées à ces portes.

Dans le palais épiscopal du kremlin comprenant plusieurs édifices des XV-XVIIIe siècles se distingue de celui de la Croix par sa vaste salle sans piliers qui servait aux cérémonies d’apparat et rappelle celle du palais des Patriarches du kremlin de Moscou. A côté de ce monumental palais fait contraste par sa svelte élégance et son dynamisme, l’église en bois de Saint-Nicolas transférée ici du village de Glotovo, premier pas dans la création du musée de l’Architecture en bois de Souzdal.

Le monastère de l’Intercession est un ensemble architectural harmonieux et achevé. Malheureusement, aucun édifice du XIVe siècle ne nous est parvenu, les principaux bâtiments que nous voyons se rapportent aux XVIe et XVIIe siècles et son enceinte avec tours et passages, au XVIIIe siècle. Sa Porte sainte (1518), surmontée d’une église, est remarquable par sa composition asymétrique complexe. L’architecture de la cathédrale du monastère placée sous le vocable de la fête de l’Intercession de la Vierge, est un mélange des traditions de l’école de Vladimir-Souzdal et des principes généraux de l’architecture russe. La retenu de son décor intérieur s’explique par le rôle que joua ce monastère qui fut transformé en lieu d’exil pour les femmes de haute naissance et sa cathédrale eh lieu de sépulture. L’histoire a conservé quelques détails sur le destin d’une de ces malheureuses. L’épouse du tsar Vassili III, Solomonia Sabourova fut cloîtrée ici par son mari désirant se remarier. Pour s’en défaire il l’accusa d’infécondité. Cependant, au monastère elle mit au monde un fils, dont la mort et l’enterrement furent simulés pour ne pas provoquer la colère du tsar. En 1934, cette version historique trouva confirmation : dans le petit cercueil les archéologues découvrirent une poupée.

Le monastère de la Déposition-de-la-Robe-de-la-Vierge avec son haut clocher classique domine sur le territoire entre la Belle place et celle du Commerce. Sa cathédrale de la Déposi-tion-de-la-Robe.àtrois coupoles, fut vraisemblablement construite par un proche de Vassili III, Ivan Chigoneï-Podjoguine, en repentir d’avoir participé à l’emprisonnement de Solomonia Sabourova au monastère de l’Intercession. Au XVIIe siècle, pour parfaire l’ensemble on la dota d’un parvis richement décoré et on coiffa de deux toits pyramidaux la Porte sainte, œuvre marquante qui détermina la voie de l’architecture souzdalienne.

Au centre de la ville se déploie la Galerie marchande, long bâtiment à arcades souvent pris comme toile de fond dans de nombreux films.

Le monastère du Sauveur-Euphimievski (fondé au milieu du XIVe siècle) - 44.7 ko

Le monastère du Sauveur-Euphimievski (fondé au milieu du XIVe siècle)

A l’est de la ville se dresse le monastère du Sauveur-Euphimievski. Du même âge que le monastère féminin de l’Intercession sur l’autre rive, ce monastère masculin reçut un deuxième nom en l’honneur de son premier supérieur l’igoume Euphimie (Euthyme). Le territoire du monastère du Sauveur appartient au musée de Souzdal qui présente des expositions sur les différents domaines de la culture de cette région, entre autres, des ouvrages d’orfèvrerie ancienne. Longeant l’enceinte monastique on arrive à une plate-forme située sur la haute rive de la Kamenka d’où s’ouvre une splendidevue sur Souzdal. On distingue parfaitement d’ici les monastères et les églises qui depuis des siècles décorent la ville et les églises en bois transférées des musées à ciel ouvert. Cette vue plongeante sur la ville que l’on a des murs du vieux monastère permet de percevoir l’ampleur du travail des hommes et d’apprécier à sa juste valeur l’harmonie de cette œuvre avec la nature. Le monastère renferme quelques modèles typiques de l’architecture souzdalienne. Construit comme une réelle place forte il dégage une impression de puissance tout en étant très poétique et en pleine harmonie avec le paysage environnant.

En 1767, le monastère du Sauveur fut réorganisé en prison d’Etat pour les condamnés religieux et politiques. Ces détenus étaient qualifiés de « fous » pour les différencier des autres criminels que le pouvoir ne considérait pas comme tels. Dans cette prison aménagée sur l’ordre de Catherine II, l’impératrice faisait enfermer tous ceux qui s’opposaient activement à sa politique.

Le principal édifice du monastère, la cathédrale de la Transfiguraion, appartient au type des constructions religieuses monumentales de la fin du XVIe siècle à cinq coupoles. Sa puissante stature est encore rehaussée par la petite et svel-te chapelle (1507-1511) qui surmonte la tombe d’Euphimie. La cathédrale resta longtemps sans décor peint et c’est seulement en 1689 que l’équipe dirigée par les éminents fresquistes Gouri Nikitine et Sila Savine commença à l’embellir. Ces fresques se distinguent par leur caractère ornemental et leur composition complexe basée sur le désir de décrire les sujets avec force détails, trait caractéristique des dernières décennies de la peinture monumentale russe médiévale. Le principe « en tapisserie » de ces fresques dans lesquelles le sujet se déploie librement sur les différentes surfaces, planes, incurvées ou angulaires, des murs est complété par un grand nombre d’ornements divers. La représentation dans les fresques de la cathédrale de la Transfiguration des tsars Michel Feodorovitch et Alexis Mikhaïlovitch Romanov en saint est surprenante.

Le palais des Archevêques. XVIIe-XVIIIe siècle - 50 ko

Le palais des Archevêques. XVIIe-XVIIIe siècle

Dans le monastère du Sauveur on notera encore la répartition judicieuse des bâtiments correspondant à l’idée architecturale d’unir les édifices ayant des fonctions différentes.
 
Le clocher et le Réfectoire sont comme des coulisses cantonnant la puissante et solennelle cathédrale de la Transfiguration. Les tours de l’enceinte possèdent des proportions différentes suivant qu’elles sont tournées au sud et à l’est, c’est-à-dire vers la ville et la principale route, ou à l’ouest et au nord, en regard des faubourgs. Les architectes s’attachèrent en premier lieu à l’aspect de la portion sud de l’enceinte, plus haute et plus puissante, car elle devait défendre le monastère du côté du plateau et la dotèrent d’une énorme tour Cochère. Les dimensions et l’ornementation de ses meurtrières devaient la rendre imprenable.

Passant sous le porche, le visiteur accède à une petite cour devant la pittoresque église « sur porte » de l’Annonciation. L’église de la Dormition du Réfectoire du monastère coiffée d’un toit pyramidal très dynamique, un des premiers élevé en Russie, servit de modèle pour le développement de ce type d’architecture aux XV-XVIIe siècles.

Sous différentes circonstances Souzdal se trouva lié au destin de personnalités célèbres : les princes Boris et Gleb, le grand-prince Alexandre Nevski, le tsar Ivan le Terrible, le prince Dimitri Pojarski, héros national ensevelli au monastère...

Au-dessus de Souzdal résonne régulièrement le son mélodieux des carillons du monastère du Sauveur. Au niveau inférieur du clocher se dispose le tombeau de Dimitri Pojarski, ici se trouve également une effigie en mosaïque du Sauveur Pantocrator réalisée au XIXe siècle à l’académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg.






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