La descente
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Le repère Kirianovskaya a été batti sur un méandre de la Katanga il y a 230 ans. Le marchand Kirian Tchernikh y a construit son deuxième poste. Il y a aussi érigé une chapelle pour baptiser les indigènes.
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Nous aperçûmes un brochet qui chassait à l’embouchure d’un ruisseau. Nous prîmes le bord et nous installâmes en haut... La première prise, un grand brochet, fut pour Sergueï. Peut-être était-ce celui à cause duquel nous nous étions arrêtés, peut-être que non, toujours est-il qu’il s’en trouva en veux-tu en voilà. Le brochet mena une lutte acharnée, bondissant au-dessus de la surface. S’étant fait entraîner au bord il fit tout pour que Sergueï ne puisse pas l’attraper dans l’épuisette. Ma tentative de le tirer par le fil eut pour conséquence que le brochet s’enfuit en emportant l’hameçon. Durant la bataille mon coeur palpitait comme s’il allait sauter hors de ma gorge. Alors à peine le brochet nous eut-il salué de la queue en emportant l’hameçon préféré de Sergueï que je me sentis incité à pêcher tous ceux du site. La passion sportive était réveillée. Je lançai ma ligne. Ici même je ferrai un brochet de 3kg. Le deuxième, le plus petit, fut pour Sergueï. Le suivant fut pour moi, celui la même qui s’était enfui. Nous fûmes pris de fatigue. Néanmoins, un brochet chassant le fretin dans les broussailles de bord ne me laissait pas en paix. Il travaillait avec ses mâchoires et jouait sur mes nerfs. J’aurais pu démonter ma ligne, observer ma pêche déjà abondante mais il aurait fallu écouter le brochet goinfrer. Je réussis enfin un bon lancer, je ne fis passer mon l’hameçon qu’un moment et "pan !" le brochet mordit. Suffit ! Il fallut achever la pêche sinon il nous serait impossible de bouffer tout ça.
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Nous poursuivîmes notre descente. La rivière continuait à faire des méandres. Tout à coup nous distinguâmes un renne près de l’eau. Ce curieux nous avait aperçus bien plus tôt. Il restait immobile et nous regardait avec ses grands yeux noirs. Mais à peine nous arrivâmes près de lui qu’il prit la pente escarpée en deux bonds et disparut dans le maquis. C’était un renne bien nourri, sans corne, d’une couleur gris-blanc.
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Tôt le matin. Nous nous lavâmes dans la rivière. C’est bien agréable. La rive plate était de sable... Nous boucanâmes notre taïmen (je parle de cet espèce de poisson dans l’introduction de la rubrique) au-dessous de l’âtre...
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On aperçut un cerf de l’autre côté de la rivière. Il se promenait en ne nous prêtant aucune attention.
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En chemin nous aperçûmes la beauté inattendue de hautes roches. Elles se dressaient devant nous comme des châteaux gothiques de teinte rouge. Des cèdres poussaient à leur pied.
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Nous abordâmes la plage de galets près de l’embouchure de la Tchoulakane. Nous plantâmes notre tente sur la plage au pied de la roche en surplomb bien plus haut - le château médiéval. Ici la Katanga et la Tchoulakane forment comme un croisement de trois routes. Un paysage à admirer... A Tchoulakane il y a un ombre (un poisson de la famille du saumon qu’on appelle “ombre”).
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Ce jour-là je vis des sarankas - des lys sibériens. Ils sont rouge foncé. Ils s’épanuissent dans l’herbe le long de la rivière.
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La soirée. Nous aperçûmes une izba. Les fenêtres étaient fraîchement repeintes. Nous entrâmes. L’intérieur était très propre. Nous décidâmes de coucher sur place. Nous dînâmes à la table installée sur la berge. Il commença à pleuvoir vers la nuit et nous allâmes dans l’izba. Nous chauffâmes le poêle. C’était bon !..
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Les groseilles étaient mûres. Nous décidâmes d’en cueillir et de faire un peu de confiture.
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Nous arrivâmes à Tchemdalsk vers 15 heures. 12km avant le bourg le vent avait creusé des rocs d’un type particulier comme des statues qui se seraient élevées au tournant raide du fleuve. Je vis dans ces rocs comme une foule rassemblée au-dessus du fleuve. Cet endroit s’appelle Les Colonnes de Tchemdalsk.
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Tchemdalsk a 300 ans. Il compte aujourd’hui 30 habitants - les familles de russes et d’éveinques (indigènes du pays). Le vol n’existe pas ici - nous vîmes des moteurs de canots abandonnés pendant la nuit. Le jour de notre arrivée les habitants avaient chassé un élan. Tout le monde s’affairait à le transporter au bourg. Après avoir fait notre connaissance les habitants souhaitèrent nous offrir de la viande.
Les habitants de Tchemdalsk cherchent le gibier dans les endroits les plus éloignés du bourg ce qui leur permet de capturer les bêtes tout près du village aux temps défavorables. Il faut noter un fait intéressant. La chasse n’est que pour le chasseur le plus chanceux et expérimenté. Tous les autres sont chargés de transporter le gibier au bourg. Ils le présentent à un staroste en qui ils ont une confiance infinie et qui partage la viande entre eux. Les racines de cet usage plongent dans les 300 ans d’histoire de la mise en valeur de la Sibérie.
A Tchemdalsk il y a cinq ou six chaînes de télévision, un poste de secours médical, une bibliothèque, une école primaire et une station météorologique. Mais la plupart de maisons sont inoccupées et conservées pour des temps meilleurs.
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Vanavara - est un chef-lieu ancien qui a entre 300 et 400 ans. Un campement d’un clan des éveinques, les indigènes du pays, a précédé le bourg actuel. La légende raconte qu’autrefois, il y a longtemps, un homme et une femme russes y sont venus. C’étaient Vania - ‘’Vana’’ en manière éveinque et Varia - ‘’Vara’’. Le nom du village est né de l’union des deux noms : VanaVara.
Le chef-lieu compte 3500 habitants. Il y a beaucoup de magasins, une école, un hôpital, un aéroport et une liaison satellite. Chaque année au mois de mai une caravane fluviale fournit les vivres et le combustible du bourg. Tous les habitants pratiquent la chasse, la pêche et la cueillette. La chasse ce sont des rennes, des cerfs et des élans pour soi et des écureuils et des zibelines à vendre. Ce fut ici que nous testâmes pour la première fois la viande de renne et d’élan. Sa pureté, l’absence d’odeur et de graisse nous frappèrent. Les champignons à cueillir sont : les lactaires au lait abondant et les lactaires délicieux. Les baies : l’airelle des marais, le cassis, la groseille, l’airelle rouge et la canneberge.




Le trek dans la taïga vers l’épicentre
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En passant une éminence j’aperçus plusieurs buttes couvertes de mousse, peu après - des sillons creusés dans la terre par des troncs à moitié pourris. Tous étaient orientés dans le même sens.
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Il ne restait que 300-500 mètres jusqu’au camp intermédiaire ‘’Pristagne’’ (‘’Le Port’’) quand l’arôme de cassis régnant près du ruisseau nous fit nous arrêter et nous régaler de grosses baies mûres. A vrai dire le cassis sauvage n’est pas comparable à celui cultivé.

Encore une petite montée et nous vîmes ‘’Le Port’’. Ces bâtiments pourraient raconter l’histoire des recherches sur le Phénomène de Toungousse dès le début au 1927. Une grande izba, une cuisine couverte assez bonne, un appareil de forage, un poteau avec les tableaux des hôtes... Plus bas, vers la rivière étaient installés les dépendances et le banya (les bains). Un terrain d’atterrissage se trouvait à 80 mètres de ‘’l’hôtel’’. Tout ça c’est le travail des expéditions et des employés de la Réserve.
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Il fait beau aujourd’hui. De ‘’l’hôtel’’ une bonne piste nous amena à travers ‘’l’aérodrome’’ jusqu’à la forêt. Nous descendîmes une pente douce, enjambant un tronc tombé. La forêt d’ici est assez jeune et claire. A droite les collines et les dépressions se succédaient l’une à l’autre. Après une heure environ les pierres cachées dans l’herbe haute nous forcèrent à baisser la tête pour faire attention à la piste. Nous continuions à bondir d’une pierre à l’autre quand tout à coup un très beau paysage se découvrit devant nous. Droit devant nous vîmes une crevasse et une chute d’eau nommée Tchugrime qui écumait sur les gradins. Nous continuâmes après une courte halte. A droite le mont Romeïko s’élevait au-dessus de nous. La piste était toujours bonne. La forêt était jeune. Pas un arbre dont l’âge dépassât 150ans. Au bout d’une demi-heure nous trouvâmes une souche de mélèze avec des planches sciées de 10cm rangées par-dessus. Voilà un témoin qui a survécu la catastrophe, on l’a néanmoins scié pour étude. Une heure de marche et le marais du Nord s’étendit devant nous. Ce marais est composé de multiples dépressions différant par la taille, le niveau d’eau et la forme, certaines étaient d’une forme ronde parfaite. L’hypothèse d’après laquelle ces dépressions seraient des trous faits par les fragments du météorite ne s’est pas avérée.

A côté du marais se trouvait le camp de base conservé en l’état depuis sa fondation en 1927. Un magasin de farine, deux izbas, une cantine couverte avec un âtre, des tables et des bancs. Des matériels d’expédition accrochés sur les murs, un poêle en pierre, des tuyaux et des mécanismes de machine à forer, une glacière détruite derrière une grande izba et un puits gardent l’esprit des premières expéditions. Nous mangeâmes et nous dirigeâmes vers le nord-est vers le mont Farington le long du bord d’un marais. A gauche et à droite d’énormes chicots et des arbres abattus dont les cimes indiquaient la direction de l’épicentre. Nous marchâmes 1,5km puis la montée commença. Le nombre d’ arbres abattus augmenta et la piste se transforma en sentier de pierres. Encore 15 minutes et nous fûmes au sommet du mont Farrington. D’ici la vue sur les marais du Sud et du Nord et sur le lac Tchéko s’ouvrit devant nous. Nous montâmes sur le mirador de bois pour prendre des photos.

De Farington nous nous dirigeâmes vers le sud-ouest pour regarder la prèle gigantesque et ‘’la pierre de Jhone’’ au sommet du mont Stoïkovitch. Autrefois cette pierre aurait fait beaucoup de bruit si l’on en croit l’hypothèse qui fait d’ elle un météorite. Notre dernier objectif fut le mont de Romeïko avec un groupe d’arbres abattus très bien conservés. Le sommet de ce mont sert de point d’observation des nuages argentés luminescents ( NOCTILUCENT CLOUDS - les nuages les plus élevés de l’atmosphère que l’on observe à sa couche frontalière à 75-95km d’altitude). Ils se manifestent parfois durant la nuit et le crépuscule. Le phénomène d’apparition de ces nuages explique que la nuit suivant la catastrophe (du 30e juin au 1er août 1908) ne tomba pas au nord du 45e parallèle de l’Atlantique Ouest jusqu’en Sibérie Centrale.

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A 10km de l’épicentre nous aperçûmes un mélèze ou plus précisément ses restes. Il fut écrasé comme une allumette à un mètre au-dessus de la terre alors qu’il était âgé de 200 ans. Les arbres abattus qui jonchaient le versant sont dus au même phénomène. Nous observâmes le même état des choses à 25km de l’épicentre. Nous trouvâmes les premiers témoins vivants à 30 km de l’épicentre. Je vis trois mélèzes du même âge (150-200ans) pliés en sens contraire par l’explosion. L’orientation naturelle de leurs branches avait été perturbée. Celles qui se trouvaient du côté de l’explosion avaient été écrasées au fond par une onde explosive et tournées en sens contraire. Jusqu’à aujourd’hui elles poussent dans cette direction donnée il y a cent ans. On dirait qu’un râteau gigantesque a coiffé la taïga.
